ASSOCIATION DES TRUTEAU D'AMÉRIQUE
POUR QUE NOTRE MÉMOIRE VIVE
Français
 
Vign_Tambour_des_Compagnies_franches_de_la_Marine_1716-1730_Michel_Petard
 
Dans le blogue Tambour Battant, l'Association des Truteau d'Amérique propose une sélection de nouvelles culturelles et éducatives.

Sous le bandeau, les manchettes sont archivées par mois de publication.


Tambour des Compagnies franches de la Marine en Nouvelle-France, 1716-1730
Reconstitution de Michel Pétard, Musée militaire canadien
 
 
Le Tambour Battant

Chapeau, Yvette Brillon !

04/03/2015 15:14:20
Le 8 mars, Journée internationale de la femme, offre l’occasion de rendre un hommage particulier à Yvette Brillon (1907-1996), l’une des premières entrepreneures du Québec.

Marie Blanche Yvette Brillon est née à Montréal, le 10 janvier 1907. À son baptême, le 12 suivant, à l’église Saint-Denis (B-8), le parrain est Alexandre Brillon et son épouse Marie-Blanche Vallières est la marraine.

Aînée des six enfants d’Eugène Régnier dit Brillon, charpentier et menuisier, et d’Azilda Trudeau, Yvette a aussi un demi-frère, Régnier, né du précédent mariage d’Eugène et de Dorinda Maynard (v. 1881-1905), ainsi qu'une soeur adoptive, Denise Brault, que les Brillon ont élevée.

Yvette n’a pas 12 ans lorsque, afin d’aider la famille, elle quitte l’école pour s’engager dans un atelier de couture, au salaire hebdomadaire de 50 cents. C’est toutefois en 1922, en tant qu’employée au Palais des Modes, qu’elle s’initie véritablement à l’apprentissage du métier de modiste, que son sens artistique se révèle et que naît le désir de diriger un jour une chapellerie.

En 1933, Yvette Brillon peut enfin réaliser son rêve d'ouvrir un atelier, rue Saint-Denis à même un espace du magasin Laporte Fourrures, et exposer ses créations en vitrine. Dès lors, pour son entreprise, elle n’a de cesse de viser qualité et excellence, par ses réalisations comme dans l’aspect de ses boutiques au raffinement incomparable pour l’époque et ce type d’établissement.

Jacqueline Giroux, belle-fille et biographe d’Yvette Brillon, a tracé le portrait de la jeune femme :

« À cette époque, Yvette est cette jeune femme au doux visage de camée, qui n’a cependant jamais de temps à consacrer aux nombreux prétendants qui voudraient bien gagner son cœur. Elle a vingt-six ans, la jeunesse à son apogée ! Elle fait un mètre soixante-cinq (cinq pieds, cinq pouces, pèse cinquante-quatre kilos (cent vingt livres) et son apparence est tout à fait particulière : ses cheveux blonds sont fins comme ceux d’une enfant, ses yeux bleus perçants révèlent sa vivacité d’esprit et un grand sens de l’humour; elle a un nez droit, un sourire généreux et franc. Son allure classique et sa personnalité à la fois jeune et sérieuse en font une femme différente.

Elle est différente en effet des autres femmes de son âge qui sont, bien sûr mariées depuis longtemps et mères de plusieurs enfants, comme le veut la société québécoise de l’époque. Amour et famille semblent donc, pour Yvette, relégués au second plan puisqu’elle ne manifeste d’intérêt que pour son travail. Curieuse personne que cette Yvette Brillon de 1933 ! Elle ressemble si peu à la Canadienne-française de son temps. »

Dès lors, son commerce devient le centre de la vie de la chapelière que sa famille soutient autant qu’elle peut : Henri, son frère, vend 125 $ une police d’assurance pour acheter du matériel; le père menuisier aménage les locaux au goût de sa fille; sa mère accueille ses confidences; Yvon, le cadet, devient son agent administratif et ses sœurs les toutes premières ouvrières. Somme toute, en 1933, une entreprise familiale dirigée par une québécoise, c’était exceptionnel !

La renommée de Brillon est vite retentissante, au point qu’elle doit emménager dans un local plus vaste, occupé jusque là par « Le Petit Versailles ». Trois ans plus tard, à nouveau la boutique déménage dans un lieu au style art déco, auparavant le restaurant Kerhulu. Dorénavant, le siège social Yvette Brillon a pignon sur rue Saint-Denis. C’est là qu’elle dirige l’atelier, reçoit la clientèle et présente parfois ses collections. De fabuleux défilés se dérouleront aussi dans les salons des hôtels Ritz, Windsor ou Queen. 

D’après les témoignages recueillis par sa biographe, la chapelière avait une personnalité attachante : travaillante, inspirante, discrète et d’une gentillesse infinie, elle coiffait avec autant de soin et de plaisir, la ménagère et la femme du monde. Ses vitrines, au goût raffiné, servaient d’écrins à ses créations. Évoluant au rythme des saisons et des occasions, les devantures Brillon inspiraient ces nombreuses « petites mains », modistes de métier ou ménagères cousant vêtements et bibis, pour elles et les autres, à prix dérisoires. 

À l’époque où le chapeau coiffait admirablement la toilette féminine, la boutique Brillon était d’un tel ravissement, de goût et de délicatesse, qu’elle  passait pour la plus somptueuse boutique de Montréal, surclassant New York et même Paris. Avec plus de 60 ouvrières et beaucoup de travail, Yvette Brillon est devenue la plus prestigieuse entreprise de mode d’Amérique dirigée par une femme. Aussi ne s’étonne-t-on pas que des créateurs de renom, comme Michel Robichaud par exemple, aient sollicité la touche Yvette Brillon pour agrémenter leurs défilés.

Le 27 juin 1940 est un jour particulièrement heureux dans la vie d’Yvette. En effet, à l’église Saint-Louis-de-France, elle épouse le Dr Eugène Giroux, de vingt ans son aîné, qui a gagné son coeur. Si elle donne ensuite naissance à deux fils, la femme moderne parvient à concilier entreprise et vie familiale.

En 1954, un incendie endommage le siège social. Le temps des réparations, Yvette Brillon ouvre un nouveau salon, au 1122 rue Sherbrooke ouest, qui deviendra, deux ans plus tard, l’unique lieu d’affaires. 

Au cours de sa longue carrière, l’artisane a confectionné des milliers de chapeaux magnifiques, et ce, jusqu’au début des années 1970, lorsqu’ils n’auront plus la vogue. À 63 ans, Yvette Brillon se résout à fermer boutique et à se retirer. Pourtant, jusqu’à l’âge de 75 ans, à son domicile de Longueuil, elle continuera à créer des modèles sur mesure pour une clientèle choisie.

Yvette Brillon s’est éteinte en 1996 et ses cendres ont été déposées près de celles de son cher Eugène, au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

Descendante de nos ancêtres


En examinant les origines d’Yvette Brillon, j’ai constaté la double liaison généalogique à la souche ancestrale des Truteau-Barbier. En effet, par sa grand-mère paternelle, Édesse-Joséphine Trudeau - fille du patriote Narcisse Trudeau et d’Édesse Fournier dit Préfontaine - la chapelière a pour ancêtres, Étienne Truteau et Adrienne Barbier. Elle appartient ainsi à la lignée de leur premier fils, Étienne Truto (1667-1748) qui épousa Marie-Élisabeth Blot (1679-1749), à Montréal, le 23 novembre 1699.

Par sa mère, Azilda Trudeau, et son grand-père François-Xavier Trudeau, tailleur de métier, Yvette Brillon est reliée au couple ancestral, cette fois, par la branche de leur second fils, Pierre Truteau dit Barbier (1669-1740) qui épousa Marie-Charlotte Ménard dit Fontaine (1682-1753), à Montréal le 10 novembre 1698.

Enfin, j’ai noté des personnalités intéressantes chez les Brillon. Le grand-père paternel d’Yvette, Joseph Régnier dit Brillon, notaire à Beloeil, épousa Édesse-Joséphine Trudeau à Longueuil, le 29 septembre 1852. Une de leurs filles, Édesse-Eugénie Brillon, épousa Cyrille-Améric Bernard, médecin chirurgien, aussi homme d’affaires et maire de Saint-Césaire puis député de Rouville; une autre fille Brillon, Emma, s’unit à Louis-Philippe Brodeur avocat, député aux Communes et lieutenant-gouverneur du Québec.

Louise Trudeau, Lévis
Association des Truteau d’Amérique

Références :

Association des Truteau d’Amérique, Base de données généalogiques.

Gérard Baril, Dicomode: dictionnaire de la mode au Québec de 1900 à nos jours, Fides, Montréal, octobre 2004, 382 pages.

Jacqueline Giroux, Yvette Brillon, femme de coeur et femme de têtes, La société historique du Marigot de Longueuil, Longueuil, 1989.
Publié par Association des T...  Ajouter un commentaire  1 commentaires


Superbe biographie de cette femme admirable. BRAVO
Ghislaine Laramée Posté le 05/03/2015 22:39:26



BOÎTE À CHANSON
 
NOEL EN NOUVELLE-FRANCE

Interprété par l'Atelier du Conte en musique et en images
 
Source : Youtube

Association des Truteau d'Amérique
© 2008-2018